Parole de salarié.e : Sabrina Ollivier-Jobic

“Des temps superposés”

Depuis l’an dernier, Sabrina Ollivier-Jobic est chargée de mission Chez Rich’ESS. Elle assure la coordination des actions Chez Yvonne. En parallèle, elle suit un master en sciences de l’éducation et de la formation. Par le biais de l’université elle fait connaissance avec Rich’ESS « un univers que je ne connaissais pas et en même temps l’envie de changer du modèle d’où je venais : un système capitaliste basé sur la performance ». Pendant le confinement elle a cumulé son rôle de salariée, celui d’étudiante et une vie de maman.

Comment avez-vous vécu le confinement ?
« La double identité que génère celle d’étudiant en master pro et celle de salarié impose peu de temps pour la vie personnelle et familiale. Et pas du tout pour les loisirs. Au-delà de la semaine de travail de 37 heures, il faut concilier au moins 15 heures de travail supplémentaire voir plus en fin de semestre. En somme j’ai commencé mon confinement avec mon master, mi-Novembre. La grande difficulté se positionne autour des enfants à gérer en plus. Il y avait déjà peu de temps pour la vie personnelle dans ce projet de formation aussi, trouver du temps pour la continuité pédagogique des enfants, répondre aux angoisses et crises de nerfs est plus compliqué à mettre en œuvre ».

Comment avez-vous abordé la poursuite de votre formation ?
« Une première semaine de réorganisation dûe à la fermeture des facultés avec une continuité pédagogique en ligne. A titre personnel cela n’a pas eu d’impact majeur car je travaillais déjà en collaboratif en ligne avec les différents membres des groupes projets. En effet, issus tous d’environnements géographiques différents et n’étant en présentiel qu’une fois par mois à l’université, cette modalité de travail était déjà bien ancrée dans les pratiques. La difficulté réside davantage dans la continuité pédagogique pendant les temps de regroupement en ligne : on perçoit dès lors les limites de la visioconférence aux niveaux des apprentissages à distance dans la mesure où être face à un écran 6 heures par jour pendant une semaine génère fatigue et manque de concentration ».

Qu’avez-vous le plus aimé dans ce confinement ?
« Se poser, prendre du recul et définir ce qui est réellement essentiel dans la vie ».

Que retenez-vous de cette période ?
« Le sur-usage aux outils numériques dans cette phase de confinement a modifié les espaces temps, les espaces travail et les organisations de travail. Les espaces temps : L’envoi systématique de mails sur 24h et même le week-end laisse entrevoir que nous devons être connectés en permanence pour les traiter. Les espaces physiques : vous pouviez être sollicité pour une visio pour le travail et avoir des cours sur le même créneau horaire. On y ajoute le coup de téléphone d’un enseignant au même moment… difficile d’endosser 3 rôles simultanément. Enfin les organisations de travail : prévoir une organisation de travail devient alors impossible car il y a un facteur que vous ne maîtrisez pas : vos enfants qui peuvent vous solliciter en pleine réunion ! » .

Votre monde d’après ?
« Il évoluera par rapport à cette hyper-sollicitation que nous avons connu pendant cette phase de confinement : le droit à la déconnexion tout simplement… »